Biologie de la religion

Biologie et génétique suffisent-elles à expliquer la religion ? Comment les sciences de la vie abordent-elles la religion aujourd’hui ? Peut-on la réduire à la seule sélection de comportements favorables à la survie des individus et des civilisations ? Les avis d’un prix Nobel (Jacques Dubochet) et d’un prêtre catholique et physicien (Thierry Magnin)


Ouverture

Jean-François Habermacher introduit le thème de la soirée, en se demandant si et comment l’apparition de la religion peut-elle être expliquée par les outils de la biologie ? La religion confère-t-elle un « avantage évolutif », en privilégiant la collaboration entre individus ? Ou faut-il également recourir aux sciences humaines pour expliquer son origine ?

Biologie et génétique suffisent-elles à expliquer la religion ?

Jacques Dubochet montre comment, après 4 milliards d’années d’évolution « sans but ni direction », la conscience oriente l’activité humaine vers une finalité. Apparaît ainsi « l’attrait de la transcendance », auquel correspond, sur le plan éthique, « la capacité d’amour » élargie au « nous » de l’humanité, qui s’oppose à l’égoïsme du « Je ».

Biologie de la Religion

Thierry Magnin répond en se démarquant de la conception de la transcendance développée par Jacques Dubochet. Il affirme que la transcendance que notre cerveau développe comme un avantage pour notre survie ne correspond pas à la transcendance telle que nous la révèle le Dieu de Jésus-Christ, à la fois transcendant et immanent. Il souligne par ailleurs que Darwin ne se prononce pas sur l’origine métaphysique du monde.

Discussion en Dubochet et Magnin

Selon Jacques Dubochet, la biologie moderne n’affirme pas un vivant « montant vers la complexité », c’est là un postulat de foi. Thierry Magnin lui répond que les biologistes parlent de complexité, et il ajoute que « le réel n’est pas atteignable par la science ». Par ailleurs, « le nous n’est pas forcément meilleur que le je, il peut devenir terrifiant » : on ne peut pas fonder un ordre moral sur la nature.

Discussion entre Besson et Dubochet

Jacques Besson quittance plusieurs affirmations humanistes de Jacques Dubochet, dont celle de la transcendance, et lui demande pourquoi il ne s’intéresse pas au mystère ? Jacques Dubochet lui répond qu’il n’aime pas les mystères définitifs, et préfère les inconnues qu’il faut chercher à mieux comprendre.

Discussion entre Bourquin et Magnin

Gilles Bourquin interroge Thierry Magnin sur sa conception de l’émergence : s’agit-il d’un saut ou d’une transition entre le biologique et la transcendance. Thierry Magnin lui répond que la science ne peut pas prendre en compte toutes les conditions de l’émergence, et ne peut que la décrire, car « le fond des choses » lui échappe. Le théologien et le scientifique font tous deux l’expérience du « manque » et du « réel voilé ».

Échange avec le public

Parmi les questions posées : Y a-t-il un « nous » dans l’économie ? Jacques Besson répond que la coordination est nécessaire dans tout système. Y a-t-il une évolution énergétique de l’univers ? Thierry Magnin parle d’une « union créatrice ». Le scientifique doit-il se préoccuper du mystère ? Jacques Dubochet répond que modestement, nous ne pouvons pas énoncer « la formule du tout ». Pour Thierry Magnin, nous faisons partie du mystère et nous ne pouvons donc jamais le comprendre complètent. L’explication biologique de la religion est-elle compatible avec la foi ? Thierry Magnin répond qu’il y a une différence radicale entre une religion élaborée par l’homme et une religion révélée. Peut-on parler d’une survenance ? Jacques Dubochet distingue l’émergence molle, comme l’apparition d’une avalanche, et l’émergence dure, comme l’apparition de la conscience à partir du cerveau. Jacques Besson dit que l’expérience de révélation réunit les révélations religieuses et même les illuminations scientifiques.